Le SMS qui secoue la France


Je reprends le titre de « une » du Matin du 14 février, jour de la Saint-Valentin. J’aurais pu aussi bien reprendre celui du Temps, le même jour : « Le SMS qui secoue la Sarkozie ». Les quotidiens romands reviennent sur la polémique, déclenchée par une information parue sur le site Internet du Nouvel Observateur. Nicolas Sarkozy aurait donc envoyé un message à son ex-épouse Cécilia, huit jours avant son remariage avec Carla Bruni : « Si tu reviens, j’annule tout ». Le président français a déposé plainte contre le site. La péripétie n’a échappé à personne.
La question préalable est celle de l’authenticité du SMS. En réponse au quotidien Libération, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur maintient son soutien au journaliste qui a « sorti » l’information : « C’est une information qu’il avait de bonne source ». Le directeur de l’hebdomadaire, Jean Daniel, en fut l’un des principaux fondateurs. Il prend aujourd’hui ses distances. Son éditorial de la semaine est intitulé : « Une erreur ? Oui ! » C’est la publication qui est visée. S’agit-il d’un message réel, d’un faux ? A ce sujet, rien n’est sûr. Remarque du Temps : on n’a pas encore bien élucidé la manière dont on détermine si un SMS est un faux ou non.
Il faut donc pour l’instant placer la question entre parenthèses.
Car la vraie question est de savoir si, même certifié, un tel message présente un intérêt public, s’il ne constitue pas un viol de la sphère privée. Le journaliste qui en a fait état sur le site du Nouvel Observateur apporte une réponse à la hussarde, dans Le Matin : « Tout homme a droit à une vie privée sauf le chef de l’Etat. Tout ce qui le concerne appartient au domaine public ».
Riposte de deux autres professionnels, confirmés. L’éditorialiste Alain Duhamel : « Afficher un texte de SMS aussi manifestement intime sur un site, cela relève du viol caractérisé de la vie privée ». Elisabeth Lévy, excellente journaliste qui a collaboré naguère au Nouveau Quotidien, renchérit : « L’envoi d’un SMS relève non seulement de la vie privée mais de l’intimité ».
Comment ne pas se rallier à ces deux avis ? Publier un SMS, c’est comme ouvrir une enveloppe qui ne vous est pas destinée et en diffuser le contenu. Nicolas Sarkozy n’a cessé ces derniers mois d’exposer sa vie privée. Il n’a pas encore choisi de « poster » tous ses courriers personnels sur un blog ouvert à tous vents. Un homme public ne jouit pas exactement de la même protection de sa sphère privée que tout un chacun. Le divorce d’un président de la République, puis son remariage relèvent d’une information répondant à l’intérêt général – ce n’est pas le cas de l’immense majorité d’entre vous, internautes qui me lisez. Mais non ses hésitations, ses doutes, ses problèmes de conscience éventuels, peut-être fondés (pure hypothèse de ma part), sur l’existence de l’enfant encore jeune issu de son ancien couple.
Pour toute une génération, le Nouvel Obs a été un guide. On y lisait Jean Daniel, K. S. Karol, Olivier Todd, Michel Bosquet (André Gorz)… Le premier sauve aujourd’hui un peu de l’honneur qui reste. Mais ne faut-il pas attribuer cette dérive aux usages complètement débridés, sans foi ni loi, que favorise l’Internet ? Tous n’en meurent pas, mais tous ou presque en sont frappés.

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Je suis sidéré que la presse saute à pieds joints dans la merde qu’elle trouve parfois sur son passage, pour se retrouver, béate, immobilisée et les pieds collés. Pourquoi ne pas laisser ce genre de « scoop » aux Paris Match et autres illustrés spécialisés dans le « people »…?! Je me le demande.