Les journalistes et leur public en plein malentendu


Des journalistes incompris, un public dépité. C’est « le grand malentendu ». Jean-Marie Charon est un sociologue averti de la presse en France. Chercheur au CNRS, enseignant à l’Université de Rennes, il observe avec attention l’évolution du journalisme, la diversification de ses pratiques, les transformations de son environnement. Il se distingue de plusieurs de ses confères par une attention constante aux enjeux déontologiques et éthiques de la profession.
Charon pointe dans son dernier ouvrage le malentendu tenace entre les attentes du public et les prestations des médias. Sur la marche du monde et les événements qui le touchent de près dans sa vie quotidienne, le premier attend une information impeccable, un journalisme dont le mot d’ordre serait « objectif : zéro défaut ».
Cela explique l’état d’insatisfaction, le scepticisme, quand ce n’est pas le rejet pur et simple des médias, affichés lors d’enquêtes d’opinion périodiques. Cela explique les accusations d’approximation, de bâclage, d’irresponsabilité, portées contre les journalistes.
A cette exigence, la réponse collective ou individuelle des gens de métier est d’offrir « la meilleure information possible avec les moyens dont nous disposons ». Elle reste le plus souvent fermée à une remise en cause des méthodes. Elle traduit une réticence à clarifier les orientations éthiques.
L’abondance et la précision des informations réunies par Jean-Marie Charon sur ce débat sont confondantes. Son livre réunit les états généraux du journalisme en France. Il fait entendre la voix des professionnels et de leurs syndicats, mais aussi les questions de la société civile et des institutions. Il évoque les travaux des chercheurs et recense les critiques. Il rappelle, si besoin est, que l’information est un bien commun, dont la défense n’est le privilège de personne mais le devoir de tous. Elle est l’enjeu d’un débat public permanent.
Charon explore les diverses voies qui permettraient de renforcer l’engagement citoyen des médias, leur rôle d’alerte, et d’assurer mieux leur responsabilité sociale. Il ne tient pas un discours militant. Il avance par interrogations et par hypothèses. Cela ne donne que plus de poids à sa démonstration, qui débouche sur la discussion de deux aspects concrets : la responsabilité des médias « fauteurs de troubles » dans la crise des banlieues et leur contribution à la dépolitisation de la vie publique française.

 « Les journalistes et leur public : le grand malentendu », par Jean-Marie Charon, Paris, Vuibert, 245 pages.

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