Le petit Louis


Il était gentil, le petit Louis, lors de la cérémonie d’investiture de son papa. Sa curiosité et son envie de toucher dérangeaient un peu le protocole. Mais elles donnaient une nuance plutôt sympathique au tableau de famille. Ces temps sont passés. Le petit Louis a pris un repas à l’Elysée devant le sapin de Noël, avec l’un de ses grands demi-frères et son président de papa. Paris Match l’a bien fait voir. Mais son ordinaire se passe ailleurs. Comme tous les enfants, il doit bien retourner à l’école.
Comme c’est intéressant ! Voilà que des médias de Genève et alentours l’annoncent à l’Institut Florimont, au Petit-Lancy. Cela devient une habitude. Cécilia (la maman, donc) est par ici, elle est passée par là, on l’a vue. Pas du tout ! La maman dément par la voix bien timbrée de son avocat genevois. Pas de maman, pas de Louis.
Mais une photo du petit Louis quand même, dans cette édition de la Tribune de Genève du 15 janvier. Avec une légende qui signale que le garçon a été menacé de mort en France et que deux individus ont été arrêtés. Le lendemain, c’est Le Matin qui publie en gros titre : « Louis menacé de mort ». Le journal le montre en photo tenant la main de sa maman. C’était pendant des vacances à Saint-Tropez, en mai dernier.
Un lecteur de Bernex réagit à la première parution (il n’a pas vu la seconde) de la photographie de l’enfant menacé de mort : « Je dois exprimer ma stupéfaction, pour ne pas dire mon dégoût […]. Comment un journaliste, mais aussi un journal peut-il s’abaisser à ce point ? N’est-ce pas là une violation des principes les plus élémentaires de la presse ? »
Il en est un, au moins, qui semble oublié. Il s’énonce ainsi : « Les enfants sont dignes d’une protection particulière ; cette disposition vaut aussi pour les enfants de personnalités publiques ou de personnalités qui sont l’objet de l’attention des médias ». La protection s’applique bien entendu aussi à l’image.
C’est là que tout commence. Après tout, pourquoi faudrait-il imposer au petit Louis une quelconque traque scolaire ? N’aurait-il pas le droit, comme d’innombrables enfants de familles riches ou célèbres, de suivre sa scolarité dans l’un des établissements réputés de la région lémanique ? Une réputation que ces derniers doivent autant à la discrétion dont jouissent leurs pensionnaires qu’à la qualité de leur encadrement.
Pour le reste, il faut bien admettre que l’existence de menaces de mort par téléphone contre le fils du président est une information. Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, la confirmée. L’affaire est publique. L’accoler au portrait du garçon indigne ce lecteur, qui y voit aussitôt une incitation à des sentiments ou des comportements troubles. La discussion peut alors porter sur le bon ou le mauvais goût d’une telle publication. Mais il me paraît difficile de l’étendre au-delà. Une protection « particulière » du petit Louis, comme celle accordée à tout autre enfant de dix ans, devrait suffire.

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