Quand une Suisse ignore l’autre


Curieuse coïncidence ! Au passage de l’année, deux courriers me parviennent. L’un m’est envoyé par un habitant de Mies, sur La Côte, qui a passé quelques jours à Saint-Gall, pour des raisons professionnelles. « Et quelle n’a pas été ma surprise, m’écrit-il, il n’y avait aucun journal du jour en français ! »  Au kiosque de la gare, on lui a expliqué que l’on n’y trouve les journaux romands que le lendemain de leur parution. Pour prendre connaissance de la presse du jour, il faut aller la chercher à Winterthour. Est-ce qu’un grand groupe comme Edipresse ne pourrait pas faire l’effort de livrer ses journaux dans toute la Suisse, me demande ce correspondant ?
Hélas ! Ses livraisons lointaines, le groupe ne peut les assurer lui-même. Un tel service entraînerait des coûts complètement disproportionnés par rapport au nombre d’exemplaires vendus. Elle en confie le soin à La Poste, dont les prestations se sont réduites. Les lecteurs en font les frais.
Il est souvent question aujourd’hui de l’alternative offerte aux journaux traditionnels de développer leurs éditions papier ou leurs éditions « en ligne ». Les efforts récents de nombreux titres portent plutôt sur les secondes, mais ce sont encore les premières qui apportent les meilleures assurances de rentabilité. Pour un lecteur romand en très provisoire exil à Saint-Gall, la solution ne passe évidemment pas par un abonnement à l’édition d’un journal « en ligne ». Il ne lui reste qu’à trouver le moyen d’accéder à l’Internet : le site de son journal habituel lui présentera les principaux sujets du jour, sous forme résumée. C’est souvent frustrant. Il sera donc obligé d’attendre le lendemain pour en savoir plus…
Une autre lettre m’est envoyée par un lecteur germanophone de Collex-Bossy. Un dossier plutôt : une première lettre du 6 novembre au magazine TV guide, restée sans réponse, une seconde du 20 novembre, suivie d’un courrier électronique du rédacteur en chef. L’objet du litige : la présentation des programmes de télévision de Suisse alémanique et de Suisse italienne, jugée trop discrète dans la nouvelle formule de ce magazine, notamment en comparaison du traitement réservé à des chaînes françaises.
La réponse du rédacteur en chef de TV guide n’est pas moins réaliste que les considérations des services commerciaux d’Edipresse ou de La Poste : l’audience cumulée des chaînes concernées (SF 1 et SF 2, TSI 1 et TSI 2) n’atteint pas 2%. Moins qu’Arte/F5 ou encore que RTL9. Accorder davantage de place aux chaînes nationales reviendrait à augmenter la pagination du magazine, son coût et donc le prix de vente du numéro du samedi de la Tribune de Genève ou de 24 Heures. Cela étant, mon correspondant n’a pas été le seul à protester. Depuis le lancement de la nouvelle formule du magazine, l’automne dernier, une amélioration notable s’est produite dans la présentation des programmes nationaux, tout comme dans celle des programmes de la BBC.
Le malaise exprimé par ces lecteurs n’en mérite pas moins attention. La Suisse n’existe pas que par son armée et son équipe de football. Elle ne parle pas un langage commun et majoritaire que le temps de déboulonner un conseiller fédéral. Elle est faite aussi de liens divers, parfois tenus, qui valent d’être entretenus. La presse, la radio et la télévision ne pourraient-elles y contribuer plus activement ? Ce serait tout de même un comble que l’on en arrive au constat, évoqué par le second de mes correspondants, que la Suisse existe… malgré ses médias !

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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