Pipolerie


Pipole. Le journal Libération désigne ainsi ceux que la presse appelait autrefois « les Gens ». Les mêmes qui sont affublés ailleurs de l’étiquette people, pour faire tendance. Le pipole a donc envahi les colonnes des journaux. Pas seulement celles des magazines dont il est le fond de commerce. Mais de tous les autres, ou presque. C’est nouveau.
Prenez un hebdomadaire de télévision. Vous le consultez pour prendre connaissance des programmes. Il vous intéresserait parfois d’en savoir un peu plus sur une émission, ses conditions de réalisation, ses intentions, son contexte. Rien. Mais vous saurez tout sur le pipole convoqué par le petit écran : ceux que la télé montre et ceux qui les présentent. Aucune rupture de la moindre starlette balbutiante ne vous échappera, aucune grossesse d’une présentatrice de journal télévisé, aucun hobby d’un animateur. Les « Gens » appartenaient autrefois à une Olympe sociale. Ils étaient vedettes de cinéma ou têtes couronnées. Le pipole a descendu quelques marches.
Chacun sacrifie à la mode à sa manière. Cela tient désormais de l’exercice imposé, jusque dans les quotidiens régionaux. 24 Heures publie une demi-page de pipolerie obligée, intitulée à l’ancienne « Les gens ». Il l’équilibre, et même mieux que cela, par le portrait quotidien d’une personnalité vaudoise ou romande. Ou d’une autre venue d’ailleurs, que les circonstances amènent à proximité (une exposition de CharlElie Couture dans une galerie de Vevey, pour prendre un exemple tout frais).  La Tribune de Genève se dédouane en prenant un ton décalé. Elle brûle et adore à la fois, et surtout se moque (ce qui fait plus mal !). Ce sont les « pipoleries express ».  Le Matin s’est fait une spécialité des soirées glamour d’ici et parfois d’ailleurs, recherche des informations exclusives sur les vedettes du coin. Sans négliger la nébuleuse du pipole planétaire. La cellulite de Kate Moss ne lui a donc pas échappé. Quant au Matin bleu, comme tous les quotidiens gratuits, il joue sa partition sur un registre plus classique.
Pourquoi ce tour d’horizon ? Parce que Le Matin Dimanche a eu l’excellente idée de raconter l’histoire de Cécilia Sarkozy sur le site Internet de Libération. Le 26 octobre, la page d’accueil du journal affiche « Quoi de neuf sur Cécilia aujourd’hui ? ». Pour le savoir l’internaute doit cliquer au bon endroit. Il tombe alors sur quelques lignes qui lui disent en substance : rien à signaler, mais racontez-nous comment vous avez atterri sur cette page ! Pour les familiers de Libé, c’est une révolution culturelle. Ainsi, eux aussi se précipitent, et en grand nombre. Eux qui se réclament d’une gauche intello à la pensée correcte. Eux qui embouchent la trompette de Pierre Bourdieu et dénoncent la colonisation des médias par des sujets vides…
Moi non plus, je ne lis pas la rubrique pipole des journaux. Mais la rumeur d’une séparation de Christian Karembeu et de sa belle Adriana est arrivée jusqu’à moi, par voie de presse. C’est quand même bizarre.
 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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