Retour à froid sur une rumeur


Les ultimes péripéties du couple Sarkozy rappellent une évidence : une rumeur peut être vraie, une information peut être fausse. Traiter un fait non confirmé de simple rumeur ne suffit pas à le disqualifier. Bétonner une information par des sources certifiées ne suffit pas à l’attester. Quel inconfort pour les journalistes ! Les médias vivent entourés de rumeurs, depuis toujours. Le phénomène a empiré avec la Toile. La rumeur n’est plus urbaine, elle est planétaire. Comment faire ?
Les usages journalistiques prévoient quelques balises. La plus importante tient à l’intérêt public. Le fait colporté, avéré ou non, satisfait-il à ce critère ? La séparation du couple présidentiel y répond, quoi qu’en disent de récents sondages. Le président a confié par le passé des responsabilités à sa femme, au sein de son parti. Peu après son accession à l’Elysée, il l’a chargée d’une mission hautement médiatisée auprès du colonel Kadhafi, participant ainsi à la libération des infirmières bulgares. Depuis la mi-juillet, les absences protocolaires de Madame, son art de se défiler ont posé des questions sur la représentation de la présidence française.
La deuxième balise relève du respect de la vie privée. La presse française quasi unanime s’est calée sur cette position, quel que soit par ailleurs l’intérêt public de la nouvelle. Deux séries de questions se posent cependant. Un homme public, une femme publique peuvent-ils prétendre à une protection aussi étanche que tout un chacun ? Le couple Sarkozy n’a-t-il pas toléré des intrusions dans son intimité ? Cette intimité, ne l’a-t-il pas exposée même en certaines circonstances ? Mais encore. Le respect de la sphère privée ne serait-il pas en l’occurrence qu’un prétexte, alors qu’il en est fait si bon marché à propos d’autres personnes ? N’est-ce pas plutôt la crainte de rétorsions qui a pesé ? Ou le risque de se couper de sources précieuses, par une divulgation effrontée ? Le silence n’est pas toujours fait que de vertu.
Chaque journaliste a le devoir de ne publier que les informations dont il connaît l’origine. Cela explique le petit jeu auquel se sont livrés les médias français et étrangers. L’origine étant sans doute insaisissable, parce que multiple, ce sont des sources secondaires qui ont servi de références. Les suppositions, les hypothèses ont commencé par courir sur la Toile, à tourner en boucle, avant d’être reprises avec des pincettes dans les médias traditionnels. Sur ce dernier point, les règles journalistiques ont été respectées. La nouvelle étant non confirmée, elle a été donnée comme telle. Jusqu’à la communication officielle du divorce.
Ce retour à froid conduit à une dernière question : les journalistes sont-ils légitimés à faire de l’existence d’une rumeur une information ? Cela dépend de la nature de la rumeur. Si elle est porteuse d’un reproche grave, ils se doivent d’entendre le principal intéressé. Une séparation conjugale n’en est pas un. Pour le reste, la rumeur est perverse : toute démarche journalistique visant à la vérifier contribue à la répandre. Le porte-parole de l’Elysée en retiendra la leçon à vie.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Vos commentaires

Je suis assez d’accord avec vous, sauf sur un point : je suis français et on nous a beaucoup menti à propos de cette affaire, comme d’ailleurs à propos de la séparation de Ségolène Royal avec Hollande. A propos de ces derniers, tout le monde savait dans les médias et on écrivait même des livres sur le sujet. Pendant Mme Royal faisait sa campagne comme si de rien n’était. Personne ne s’en serait préoccupé si ce couple n’avait pas passé son temps à exposer leur union (voir l’épisode du mariage à Tahiti)et leurs enfants. Désolé, mais les Français ont été pris pour des imbéciles.
Idem pour le couple Sarkozy : qui a surmédiatisé son épouse? Nicolas Sarkozy. Qui a fait intervenir le « petit Louis » au congrès UMP? Nicolas Sarkozy. Et on ne parle même pas de l’affaire des infirmières. Dans ces conditions, alors que tout le monde savait que ce couple allait divorcer, on parlait de rumeur. Je ne suis pas d’accord, il y a un devoir de vérité vis à vis des Français à qui on a donné sa famille en spectacle.
Pour ma part je vais être clair : je suis contre l’intrusion de la vie privée dans la vie politique et je regrette que pour des raisons de marketing les couple Royal et Sarkozy en aient usé et abusé.
Et puis une dernière question : qui connaît Madame Bayrou? qui connaît Madame de Villepin? Qui connaît le compagnon ou mari d’Angela Merkel?Personne ou quasiment personne. C’est sans doute mieux ainsi, même si je ne suis pas contre le fait qu’un conjoint de personnalité politique puisse exister par lui-même. Mais halte à la peopolisation. J’ai fait un article récemment sur mon blog à ce sujet. http://www.monbloog.net/blog/michelescatafal