Des manifestants au visage “flouté”


Faut-il « flouter » le visage des manifestants sur les photographies d’actualité ? Les échauffourées de Berne relancent le débat. Le Matin Dimanche, premier journal romand à relater les événements, publie en « une » une photographie montrant un policier aux prises avec un manifestant. L’image est spectaculaire.
Le visage du manifestant est « flouté ». C’est aussi le cas d’un personnage au second plan. Pour quelle raison ?
Rédacteur en chef du Matin Dimanche, Michel Danthe explique : « Dès l’instant où nous décidons de retenir cette photographie pour la première page, il y a débat au sein de la rédaction. L’image sans retouche a ses partisans : le lieu et la manifestation sont publics, tout participant sait qu’il peut être reconnu et même photographié. Mais il est impossible d’évacuer le doute. Et si le principal personnage se trouve là par hasard ? S’il est entraîné malgré lui dans la bagarre ? Si le policier le prend à partie par mégarde ? De telles confusions se sont déjà produites. Procès à la clé. Je refuse de courir ce risque. En demandant de « flouter » de la photo, j’applique le principe de précaution ».
La position est claire. La question reste ouverte. Elle met en jeu deux aspects : la présomption d’innocence et la protection de la personnalité. Les médias sont censés respecter l’une et l’autre. Mais ce n’est pas tout. L’information du public requiert une relation complète et fidèle des événements. Les images en font partie.
Les rédactions sont divisées. Elles le sont de cas en cas (la photo « floutée » du Matin Dimanche se trouve en clair, sans codage, sur le site Internet de la Tribune de Genève !) Elles peuvent l’être par principe.
Il y a un an et demi, des photographies prises en France lors de manifestations contre le Contrat de première embauche (CPE) ont été publiées telles quelles par Paris Match. Argument du directeur de la rédaction de l’époque, Alain Genestar : « Si on décidait de préserver l’identité des casseurs, cela signifierait que l’on garantit l’anonymat à des personnes coupables d’actes répréhensibles, à visage découvert, sur la voie publique ». Les photos de mineurs font cependant exception.
A l’inverse, VSD a « flouté » les photos des casseurs. Philippe Labi, éditeur du magazine : « Nous avons publié ces photos, qui sont d’une extrême violence. Elles se suffisent à elles-mêmes. Le fait de montrer l’image de l’individu n’apporte rien de plus. Ce n’est pas notre travail d’envoyer un signalement à la police ».
C’est un article du Monde (« La fabrique de l’info » des 2-3 avril 2006) qui rapporte ces propos. Pour corser le tout, les grandes agences de presse n’ont pas la même attitude. L’Agence France Presse (AFP) « floute », Reuters non.
Que faire ? Les bonnes décisions se prennent en connaissance du contexte, plutôt qu’a priori. Dans le doute, la prudence devrait l’emporter. Labi n’a pas tort : à la « une » du Matin Dimanche, où l’identité du manifestant est (assez) bien préservée, l’image ne prive le lecteur d’aucune information essentielle.

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