Trop de bruit autour de la mosquée?


La Tribune de Genève en fait-elle trop ? Un lecteur assidu déplore un manque de proportionnalité dans la couverture des événements et remous qui agitent la mosquée de Genève depuis bientôt six mois. Il s’attache en particulier à l’édition du 25 septembre. « Est-il normal, indispensable, de nous assaillir avec deux presque pleines pages (dont la « une ») sur cette affaire, accompagnées de deux photos grand format qui nous agressent ? »
« Il y a quand même,
écrit-il,  d’autres sujets de société plus importants que cette information qui, finalement, ne touche qu’une minorité de lecteurs et qui ne devrait faire l’objet que d’un communiqué de quelques lignes ». Pourquoi donc « la monter pour faire sensation » ?
Le journal n’a reçu ces derniers jours aucune autre réaction de ce genre. Les premières péripéties, qui remontent au printemps dernier, ainsi que les récents développements ont suscité un nombre non négligeable de lettres de lecteurs. Les messages portaient sur la nature du conflit (ou plutôt des conflits) et sur leurs protagonistes. Non sur l’attention réservée par le journal à ces disputes. Le licenciement du porte-parole de la mosquée Hafid Ouardiri ne pouvait manquer de passer inaperçu. L’homme était très présent sur la scène publique genevoise, il participait activement au dialogue interreligieux. Son départ forcé a étonné, plus encore ému, de nombreux cercles à Genève.
Pour le reste, le scénario oscille entre le pathétique et le burlesque. Dénonciations, démissions, rumeurs d’un côté. Version revue, avec adjonction de fausses notes, de l’Enlèvement au sérail de l’autre. Est-il judicieux d’en tirer un feuilleton médiatique ? Les épisodes ne sortent pas de l’imagination des journalistes. Ils naissent de la succession des faits. L’intérêt de les rapporter est lié à la place qu’occupe aujourd’hui la communauté musulmane dans la société helvétique.
De ce point de vue, la situation genevoise est par elle-même de nature à provoquer la sensation : alors qu’un vif débat est ouvert en Suisse sur la construction de mosquées et l’érection de minarets (pas plus de six mètres à Wangen, a confirmé le Tribunal fédéral !), il semble que tout devrait conduire les responsables religieux à des comportements apaisants. A Genève, ce sont surtout criailleries et déchirements.
Selon le journaliste qui suit le dossier, ils tiennent à des aspects purement locaux : procédure au tribunal des prud’hommes, plainte pénale de la femme de l’ex-directeur, intervention policière à la fondation. Mais aussi à des aspects plus généraux : financement des mosquées en Suisse, tendance religieuse des imams, tensions entre musulmans du Maghreb et ceux des péninsules arabiques.
Il est normal que les choix rédactionnels soient discutés. Il se trouvera toujours une partie du public pour estimer que le journal en fait trop ici, pas assez là. Le potage offert le 25 septembre, ainsi que le supplément servi le lendemain peuvent en effet paraître indigestes à des lecteurs, qui ne retrouvent pas dans le journal l’image qu’ils se font de la vie genevoise. La Tribune de Genève a déjà connu une poussée de fièvre notable il y a deux ans, à propos de Hani Ramadan. Elle s’est contentée ensuite de suivre les développements du dossier. C’est sur la durée que s’apprécie l’équilibre de l’information.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Vos commentaires

Au-delà de l’irritation, selon moi non dénuée de fondement, manifestée par ce lecteur, je crains que la question qu’il pose ne se situe sur un autre plan.
Genève est avec la France et la Turquie l’une des seules « républiques » laïques (sauf omission de ma part). La laïcité garantit les mêmes droits à ses citoyens indépendamment du fait qu’ils croient ou non en un ou plusieurs dieux. Elle est également la garantie pour les croyants de pouvoir pratiquer leur rite sans être inquiétés ou poursuivis. Enfin, elle interdit à tout membre d’un quelconque clergé d’occuper des fonctions publiques et notamment d’enseignement.
Ainsi, pour simplifier, les questions d’ordre religieux ont été justement évacuées du monde politique et de la sphère publique, car elles relèvent exclusivement de la sphère privée.
Dans un état laïc (ou laïque) c’est symboliquement la Mairie et non un temple qui a sa place au milieu du village.
Je partage l’idée que les bisbilles entre clercs de la Mosquée de Genève font partie de l’information générale à laquelle le public a droit. Je doute en revanche que l’hyper couverture donnée à ces événements soit d’une quelconque utilité pour la construction de l’opinion des lecteurs.
Je crains en effet que le retour de la religion (des religions), au sens large, et son omniprésence dans la chose publique – mass média inclus – ne soit pas une bonne chose.
La religion est par nature dogmatique et vise à enfermer la liberté de pensée dans des limites bien étroites d’où ses adeptes ne devraient pas sortir. Elle ne s’appuie sur aucun fait vérifiable mais seulement sur des croyances.
Nos systèmes politiques sont eux fondés sur la Raison. (même si parfois on peut en douter à la lecture des slogans simplistes employés par certains partis…) Ainsi, les Lumières dont les pensées politiques ont fondé nos états modernes risquent-elles d’être « mises sous le boisseau » par le retour d’un nouvel obscurantisme.
C’est peut-être cela qu’au fond ce lecteur dénonce, et sur ce plan, je le rejoins tout à fait. Du conflit en Palestine à l’Irak en passant par l’ex-Yougoslavie, la Tchétchénie et l’Afghanistan (liste non exhaustive) force nous est de constater que le sectarisme religieux n’engendre décidemment rien de bon…