La giraffe et l’éléfant


C’est ma faute
C’est ma faute
C’est ma très grande faute d’orthographe
Voilà comme j’écris
Giraffe

Il y a des jours où des lecteurs se demandent si le bon Jacques Prévert n’est pas devenu, du haut de son nuage, le correcteur en chef de nos journaux. Leurs protestations arrivent curieusement pas vagues. Orthographe, accords, syntaxe, tout y passe. «Monsieur le Médiateur, faites donc quelque chose!» Avant que l’éléphant ne se transforme en « éléfant », comme le préconisait il y a plus de quinze ans une tentative de réforme avortée en France.

J’ai déjà glosé en son temps sur la transformation de la tôle, feuille de fer ou d’acier obtenue par laminage, en taule, chambre d’hôtel ou prison. Dans les récits de faits divers, j’ai plus d’une fois découvert de la taule froissée. C’est ennuyeux. Mais rien n’est simple. Dans le sens de chambre (plus ou moins accueillante), le mot peut s’écrire des deux manières: j’habite une taule près de la gare, au bout d’une semaine la tôlière m’a présenté la note. Mais la feuille laminée des carrossiers ne peut s’écrire que tôle. La taule froissée devrait être donc définitivement bannie des routes et des colonnes des journaux.

Le concert des Rolling Stones à Lausanne a provoqué une terrible cacophonie dans le compte rendu de la Tribune de Genève. «Le public, repu, sans va dans ses pénates, non s’en subir les désagréments…» Aïe! Le médiateur serait médusé s’il n’avait malheureusement connaissance d’autres erreurs de ce genre. L’affaire est encore plus ténébreuse qu’il n’y paraît. L’auteur de l’article avait, en effet, commis une erreur de taille, mais une seule: l’usage de la préposition « sans » dans les deux cas. Sur quoi un esprit «correcteur» a frappé, aussi malicieux que le bout de la queue du chat des Frères Jacques. Il s’est employé de rétablir l’orthographe correcte, et s’est trompé de ligne. «S’en va» est resté «sans va» et «non sans subir» s’est transformé en «non s’en subir». Vous suivez ? Quant à l’expression « s’en aller dans ses pénates », elle escamote le sens originel du terme, pris ici dans le sens de « demeure ». « Regagner ses pénates » s’imposait. Son emploi aurait peut-être évité tout ce pataquès. 

Que peut-on apporter  comme explication plus générale? Les effectifs réduits de la période estivale? Les équipes plus restreintes mobilisées le dimanche? L’abondance des matières à rédiger et corriger? Les performances parfois aléatoires des systèmes de correction électroniques? Rien n’entamera la conviction du lecteur (en l’espèce une lectrice) qu’un journal ne peut se permettre de telles erreurs. Pour en avoir moi-même commis plus d’une, je plaide l’indulgence. Ecrire dans un quotidien, c’est s’exposer aux fautes d’orthographe ou d’accord, en raison même des conditions de fabrication, et de l’urgence qui y préside. Les journaux les plus prestigieux n’y échappent pas. Il n’empêche que chacun devrait s’efforcer à davantage de rigueur.

Sur le papier, où la même correspondante dénonce dans un nouveau courrier les confusions entre « hors » et « or », entre « taches » et « tâches ». Et sur la Toile, où une autre lectrice découvre avec stupéfaction, à propos du sondage du jour, qu’«un internautes sur deux pensent que la popularisation…». Bonne nouvelle: sur mon écran, mon correcteur orthographique proteste avec énergie!

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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