Responsabilité politique et dette fiscale


Un entrefilet paru sur le site de la Tribune de Genève le 20 juin fait réagir aussitôt quelques internautes: il est inadmissible de reprocher à la présidente du Grand Conseil genevois une dette fiscale contractée par son mari.
Le site de la Tribune a répercuté en effet, sous une forme brève et factuelle, le contenu d’un article publié le jour même par un hebdomadaire gratuit genevois. Cet article reproche à la présidente du Grand Conseil un manque de transparence sur sa situation financière personnelle. Selon l’hebdomadaire, le fait que les époux soient fiscalement solidaires aurait dû la conduire à déclarer l’existence de la dette de son conjoint. Un récent débat parlementaire ne s’est-il pas tenu sur la compatibilité entre l’exercice de responsabilités politiques et l’existence de dettes, en particulier envers le fisc?
L’un de ces internautes s’en prend directement à l’hebdomadaire gratuit et à l’auteur de l’article. Mais un autre proteste contre la reprise de sa teneur sur le site de la Tribune: «Et voilà donc la subtile limite entre information et franche médisance une fois de plus franchie! Mais quel est donc l’intérêt de cette nouvelle (…)? Aucun. C’est du sensationnalisme de bas étage, du ragot qui lie une fonction (…) et une histoire privée. (…) Triste et lamentable».
De son côté, le mari de la présidente me fait tenir le texte de sa propre réponse, non parue sur le site. Il exprime un point de vue très proche, mais ajoute ceci: «Si vous aviez eu l’idée de m’adresser directement vos questions lorsque j’étais moi-même député ou conseiller municipal, je vous aurais répondu. Si vous aviez eu l’honnêteté intellectuelle de le faire avant de reproduire les conclusions (réd. de l’hebdomadaire en question) je vous en aurais, de plus, remercié».
Mon correspondant assume pleinement une situation matérielle qui ne souffre finalement, assure-t-il, que de son «engagement professionnel dans le développement de technologies environnementales qui ne tarderont plus à s’imposer». Il précise qu’il ne s’agit pas d’une dette, mais d’un contentieux. La cause, m’explique-t-il, en est le refus de l’administration fiscale de prendre en compte des frais engagés dans un vaste projet concernant le traitement des déchets à Genève.
L’information de l’hebdomadaire gratuit n’a pas été reprise dans les colonnes du journal, mais seulement sur son site. Cela me semble traduire un certain embarras de la rédaction. En qualité de médiateur, je n’ai pas à me prononcer sur le fond du débat (quelle transparence financière de la part des élus?), mais seulement sur deux questions liées aux pratiques journalistiques.
La situation fiscale du conjoint d’une députée et présidente du Grand Conseil est-elle d’intérêt public? Réponse: non, pas plus que tout autre élément de sa vie privée, tant qu’elle n’a aucune incidence sur son activité publique et ses décisions politiques, ni ne laisse craindre des conflits d’intérêts.
Le rédacteur de l’entrefilet aurait-il dû, avant de faire état de l’article publié par l’hebdomadaire, s’enquérir de la position du mari de la présidente? La déontologie professionnelle fait obligation au journaliste d’entendre avant publication une personne «faisant l’objet de reproches graves». Il me semble difficile de considérer l’existence d’une dette fiscale comme un reproche grave, quel que soit l’usage discutable qui en est fait. Il aurait été cependant intéressant pour le lecteur d’en connaître les origines et les circonstances. A défaut de respecter une obligation, une prise de contact préalable n’en aurait que mieux servi l’information.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Vos commentaires

Je vous sais gré de votre analyse et de sa pertinence! Contrairement à certains de vos collègues, vous vous donnez le temps de réfléchir au sens et à la portée d’un propos malséant et désobligeant. j’en tire comme conclusion toute provisoire, que la chose qui semble le plus manquer aux journalistes, est le temps: celui de la réflexion comme celui de l’analyse! Dommage…