Des images du présent


Retour de la Biennale de Venise. Les références à l’actualité ou à des événements récents sont nombreuses sur les murs de l’Arsenal, l’un des principaux lieux d’exposition. Art ou images de reportage? Le maître d’œuvre de la manifestation, l’Américain Robert Storr, l’a voulu ainsi: «Penser avec les sens. Sentir avec l’esprit. L’art au présent». Il fait se croiser l’éthique et l’esthétique. Le sujet invite le spectateur à une recherche de signification, il l’incite à s’engager. Le langage plastique sollicite son émotion. Le monde est présenté comme réalité matérielle et comme réalité vécue.
Cela ne va pas toujours sans ambiguïté. Quel est le statut de l’image photographique ou de la vidéo, moyens d’expression de nombreux artistes contemporains? J’ai entendu divers professionnels de l’art, ou simples amateurs, s’étonner de certaines images. N’y a-t-il pas confusion avec la photographie de reportage, qui n’a pas d’autre ambition que de relater un instant de la réalité du monde? Comment et où s’effectue le passage entre l’image destinée au journal et l’image magnifiée (cadre, format) par sa présence dans une exposition d’art contemporain?
L’Italien Gabriele Basilico aligne des photographies de ruines ramenées de Beyrouth après les bombardements des années 1990-1991. Ne sont-elles par trop composées, trop portées à l’esthétisme, à la façon des ruines antiques, pour restituer le sens véritable du drame libanais?
Le photographe Pavel Wolberg, né à Léningrad et établi à Tel Aviv, documente la vie en Israël. Il adopte une démarche clairement journalistique. Certaines de ses images dégagent néanmoins une force peu commune. Ainsi, cette intervention de la police montée (cavaliers cuirassés et chevaux masqués) lors d’une expulsion de colons. Par le mouvement, l’intensité, on n’est pas loin de Géricault.
D’autres images accèdent d’emblée au symbolique. Le photographe israélien Tomer Ganihar a réalisé une suite de clichés de mannequins blessés, déchirés de plaies, placés sous perfusion, qui renvoie à la souffrance bien réelle des êtres humains. L’artiste italien Paolo Canevari propose une vidéo montrant un adolescent qui jongle avec un crâne humain comme avec un ballon de football: le jeu se déroule dans des ruines laissées à Belgrade par les bombardements de l’OTAN en 1999.
Il arrive que l’image photographique devienne modèle. Une très jeune artiste américaine, Emily Prince, a dessiné les visages des Américains tombés en Afghanistan et en Irak, à partir de portraits photographiques parus dans la presse. Ces très petits dessins (lorsque la photo manque, un simple cadre accompagné d’un nom) sont répartis sur une immense carte murale des Etats-Unis. Ils la couvrent presque entièrement. D’autres espaces seront encore comblés.
L’époque est traversée de tragédies. La Biennale de Venise l’atteste. Ces regards posés sur les victimes et les vaincus sont-il nouveaux? Dans le passé,  la peinture et la sculpture politiques étaient le plus souvent portées à la célébration: victoires, sacres, triomphes… Il y a aussi eu Goya.

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