Tableaux de famille


Le pouvoir en France est donc passé maître dans le genre tableau de famille.
Il y a onze ans, le monde découvrait le prodige de géométrie conjugale opéré par François Mitterrand: faire se rejoindre au bord de sa tombe ses deux vies parallèles. Deux familles assistaient aux obsèques, au même rang. L’une était réunie autour de l’épouse légitime, Danielle, l’autre représentée par la discrète Anne Pingeot et sa fille Mazarine. Scandaleux? Emouvant?
Quinze ou vingt ans plus tôt, l’opinion n’aurait pas vu d’un bon œil le divorce d’un candidat à la Présidence de la République. Cela ne l’a jamais empêchée, depuis des temps anciens, de réserver une indulgence mêlée d’admiration aux frasques et escapades de tel ou tel locataire de l’Elysée. Pourquoi s’offusquerait-elle à la découverte d’une liaison durable, à la révélation d’une paternité secrète? Ce sont la représentation par la télévision cérémonielle, le spectacle de cette double vie qui ont choqué ou ému, davantage que la connaissance même de son existence. Le tableau ne faisait pourtant que restituer la réalité.
Le divorce n’est plus aujourd’hui un tabou parmi les personnalités politiques françaises aspirant au plus haut rang. Michel Rocard avait recueilli davantage de sarcasmes que d’éloges lorsqu’il avait jugé bon de tenir une conférence de presse pour annoncer le sien. C’était en faire un peu trop. A terme, l’effet s’en est fait néanmoins sentir. Ni Lionel Jospin, ni Nicolas Sarkozy n’ont tenu le leur pour un handicap. Personne ne leur en a fait grief.
Autres temps, autres mœurs. Lors de son investiture, le nouveau président de la République française a déployé sa famille recomposée, sa jolie femme et leurs beaux enfants sur les tapis rouges de l’Elysée. Recomposée et ressoudée. Il a multiplié les gestes d’affection, les signes de complicité familiale. Tableau sympathique et inattendu. La télévision s’en est fait un délice, passant et repassant les mêmes séquences. Ah ! Le baiser rendu par Cécilia à Nicolas… Ah ! Le geste furtif de Nicolas effleurant la joue de Cécilia au coin de la paupière…
On voudrait que rien ne soit artifice ni composition. Que rien ne soit feint ni calculé. On a tant glosé sur la fragilité des couples pendant cette campagne présidentielle qu’ils en sont devenus un enjeu plus clair que le maintien des 35 heures. Pourquoi refuserait-on au président et à son épouse le crédit de la sincérité ? C’est aujourd’hui à la réalité d’être conforme au tableau.

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