Un médiateur pour quoi faire?


L’ouverture de cette page marque le départ d’une nouvelle aventure.
Depuis près de 9 ans, les lecteurs des titres quotidiens d’Edipresse Suisse se sont habitués à la présence d’un médiateur. Qu’il publie des chroniques régulières ou s’en tienne à des interventions de cas en cas, celui-ci se pose en intermédiaire entre le lecteur et son journal.
Il était jusqu’ici attaché à un titre. 24 Heures, la Tribune de Genève et Le Matin avaient chacun le sien. Désormais, Edipresse a retenu la formule d’un médiateur unique, adoptée déjà par d’autres groupes de presse en Suisse alémanique. Les lecteurs de tous les titres du groupe, y compris les magazines, peuvent donc recourir à lui.
Le médiateur est indépendant. Sa fonction l’amène à expliquer, à concilier. Lors d’un litige avec un journal, à servir d’arbitre. Elle peut le conduire à donner raison à un lecteur critique ou, à l’inverse, à défendre une rédaction. C’est la règle du jeu.
De quoi s’occupe-t-il? Du traitement journalistique de l’actualité et du respect des normes déontologiques (sur la page du médiateur un lien permanent renvoie à la «Déclaration des devoirs et des droits» des journalistes). Il aborde aussi des aspects touchant à l’éthique des médias.
La différence entre déontologie et éthique? Elle est assez simple. La déontologie énonce des règles professionnelles: quelles sont celles qui s’imposent dans telle ou telle circonstance? L’éthique, elle, discute les conflits éventuels entre certaines de ces règles (par exemple, entre le droit à l’information et la protection de la sphère privée). Elle se saisit de questions nouvelles, non résolues ni explicitement abordées par les chartes déontologiques (ainsi, l’exploitation par les médias d’informations et d’images diffusées sur la toile, hors des circuits journalistiques traditionnels). Elle répond en somme à une autre question: comment faire pour faire de la bonne information?
La déontologie n’est pas un catalogue de principes abstraits. Elle n’est pas non plus un livre de recettes. L’autorité des normes se construit sur le terrain, en référence à des situations concrètes, dans des contextes particuliers. Ces situations et ces contextes ne sont pas nécessairement les mêmes pour les journalistes du Matin Bleu, pour celles et ceux de Femina ou de Bilan.
De plus, l’application des règles professionnelles se rapporte au projet éditorial de chaque titre, aux attentes de son public propre.
Avec le temps et les changements de mentalité, enfin, l’interprétation des normes peut se modifier. Dans les médias, la vie privée n’est plus aujourd’hui tout à fait ce qu’elle était il y a dix ans.
C’est ce qui donne son sens à la réflexion éthique. Si les normes déontologiques (comme les lois) sont ouvertes à des évolutions, les valeurs qui orientent la décision éthique sont, me semble-t-il, permanentes. Une formule permet d’en résumer la visée : une information libre, respectueuse des faits et des personnes.
Un peu théorique, tout cela? Rassurez-vous ! Mes prochaines interventions le seront moins. Grâce à vous qui allez me soumettre les cas qui vous tarabustent ou vous indignent. Pour m’en faire part, il suffit de cliquer sur « Ecrire au médiateur » et de remplir le formulaire. Je vous répondrai directement ou répercuterai vos interpellations dans cette page.
Comme tous les habitués de la blogosphère, vous savez que vous pouvez réagir directement aux propos que vous venez de lire.
L’ouverture est exécutée. Le rideau se lève. A vous d’entrer en scène.

Ecrire au médiateur

Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Vos commentaires

C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu la présentation « Un médiateur pour quoi faire? » Pour l’essentiel, merci de cette approche déontologique. Une question cependant: en concentrant le rôle de médiateur au niveau d’un groupe de presse plutôt qu’à celui d’un journal quels sont les risques assumés pour une approche déontologique de la fonction?

En réponse à Jean-Pierre Gaume. La question résume bien l’enjeu de ce nouveau mode de fonctionnement. Pour faire court, trois remarques.
Les médiateurs de groupes de presse apparaissent comme une particularité suisse. Il en existe trois en Suisse alémanique et, à ma connaissance, un seul aux Etats-Unis. On peut donc tenir la fonction de médiateur d’un journal pour plus naturelle.
Chaque journal a ses traditions, sa culture d’entreprise. Il est lié à son public par un « contrat de lecture » implicite. Le médiateur doit donc en tenir compte. Il ne peut manquer de le faire puisqu’il est, en somme, le représentant des lecteurs et se fonde sur leurs réactions.
Cela ne signifie pas qu’il doive lâcher quoi que ce soit en termes de déontologie. A sa mesure et à son niveau, il peut s’inspirer du mode de fonctionnement du Conseil suisse de la presse, qui traite de plaintes concernant L’Hebdo aussi bien que le Journal des Cafetiers.

Cet incursus dans le système des blogs m’en fait poser une autre. Avec la diffusion du journal imprimé, il suffit de l’acheter ou de le consulter et de savoir lire ou écrire pour prendre connaissance, en quelques minutes, des avis de tout un chacun à travers le courrier des lecteurs – très vivant et « copieux » à la TdG – et pouvoir réagir. Avec les blogs, il faut non seulement savoir lire et écrire, mais se payer un ordinateur et un abonnement internet, faire un minimum de formation, passer des heures à rechercher l’information pertinente ou explorer une cascade de possibilités ou un déluge de réponses!

Au risque de paraître vieillot, tout en utilisant un ordinateur depuis plus de 25 ans, voici ma question: si le blog devient la panacée de l' »homo informaticus », n’est-il pas la meilleure façon d’occulter l’information en l’individualisant par la technique et l’égotisme de chacun, au risque de noyer la connaissance dans un océan de verbosité?

Cher Médiateur, j’espère donc que vous continuerez à publier in extenso vos chroniques de médiateur dans la TdG et les autres journaux pour que toutes celles et tout ceux qui apprécient vos analyses puissent les partager, comme nous partageons l’air, le soleil et la pluie… ou un verre de bon vin entre amis … sans devoir se demander: est-ce que tu as consulté le « blog » du médiateur? Comme si vous étiez un dictionnaire ou, pire, un annuaire!