Accidents mortels et commentaires déplacés


Une lectrice de Monthey se dit outrée par la publication de commentaires envoyés par des internautes à la suite d’accidents mortels. Elle prend pour exemple récent la mort d’une jeune fille sur un passage protégé à Vevey, dans les premiers jours de juillet.
Un certain nombre de réactions parvenues sur le site du Matin mettent en cause, en effet, l’un ou l’autre des protagonistes, alors que les circonstances de l’accident ne sont pas encore établies et sans égard pour leurs proches.
L’information du Matin s’illustre pourtant par la plus grande sobriété. Le journal, dans sa version papier comme sur le Web, observe les normes déontologiques. Celles-ci recommandent de peser avec soin le droit du public à être informé et les intérêts des victimes et des personnes concernées.
Des quelque soixante commentaires figurant en ligne deux jours après l’accident, quelques-uns sont déplacés, ou même stupides. Ils ne paraissent pas dépasser pour autant les limites ordinairement admise dans le courrier des lecteurs et sur les forums. Selon une directive de la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, les lecteurs et internautes se voient accorder la liberté d’expression la plus large possible. Il faut une violation manifeste des normes de la déontologie journalistique pour qu’un commentaire soit écarté. Il appartient au modérateur d’y veiller.
A l’inverse, on ne peut manquer d’être frappé par des apports d’internautes, allant tout à fait dans le sens de la critique émise par la lectrice outrée de Monthey. Plusieurs témoignages de compassion envers les deux familles remettent les choses dans une juste perspective. De manière générale, la discussion confirme que l’échange de commentaires produit sa propre régulation.
En voici un exemple: «Ce drame est très triste et il est vrai que les commentaires émis dans ce cas sont inacceptables. Exprimer son ressenti ne donne le droit à personne de juger. Une enquête est ouverte et c’est à la justice d’établir les responsabilités. Je suis peinée de constater les propos exprimés et m’interroge sur le droit d’expression qui nous est offert (…)»
Faudrait-il restreindre ce droit? Sur des sujets d’actualité se prêtant régulièrement à des débordements, il arrive que les rédactions web de nos journaux lémaniques ferment d’emblée les espaces de commentaires. En l’espèce, une telle mesure serait disproportionnée.
Aussi tragique soit-il, un accident mortel est de nature à susciter d’utiles réflexions. Son récit peut encourager les uns et les autres à une prudence renouvelée sur la route. Plusieurs campagnes de prévention ont même été fondées sur la confrontation du public à des images fortes. Mais ce n’est pas une raison pour jeter aux orties une qualité qui fait partie des bonnes pratiques sur le Web et de la vie en société: le respect.

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