Des festivals de journalisme vraiment festifs?


L’été est la saison des festivals et des rencontres. De musique, de théâtre, de photographie… Et même de journalisme. C’est plutôt inattendu. Les premières initiatives sont nées en Italie, à Pérouse en 2006, à Ferrare l’année suivante.

L’idée est de mettre en débat les enjeux et les pratiques du métier, non pas entre soi, mais en présence d’un public accueilli en libre accès, grâce au soutien des collectivités locales et de parrainages.

Elle essaime partout. Début juin s’est tenu pour la première fois en Angleterre, dans l’East Sussex, un Byline Festival, largement dévolu au journalisme et à l’information. Cet été, deux rencontres ont eu lieu en France. La première à Autun – un Rendez-vous de juillet organisé par les revues XXI et 6 mois, fondées par l’éditeur Laurent Beccaria. La seconde à Couthures, dans le Sud-Ouest, deuxième édition du Festival international du journalisme vivant.

Dans un article paru dans Le Monde du 27 juillet, Alexis Delcambre relève que les festivals les plus récents se situent «à la confluence de trois tendances».

La première est suscitée par une industrialisation de l’information qui réduit nombre de ses agents à s’effacer derrière le rôle que leur attribue le système médiatique. Elle est de permettre un contact direct, de personne à personne, entre le public et des journalistes qui parlent de leur métier – d’où la notion de «journalisme vivant».

La deuxième, plus constante mais aussi plus pressante que jamais, est de s’interroger sur l’information en démocratie. Question posée à Autun: faut-il brûler les journalistes?

La troisième est une autre conséquence des bouleversements imposés par l’Internet à la circulation des informations et des opinions. Elle tient à la recherche par les médias d’information, traditionnels aussi bien que numériques, des moyens de s’assurer la fidélité de leurs lecteurs et utilisateurs. L’enjeu est de les constituer en communauté, plutôt qu’en audience diffuse et volatile, et d’assurer ainsi leur propre survie.

Contrairement à d’autres, les festivals de journalisme sont davantage voués à l’interrogation qu’à la célébration. La période s’y prête. Elle est, plus que jamais, celle des ateliers: quel journalisme pour quel public? Tout le monde est à la recherche d’autres manières de voir le monde et de le raconter.

De nouveaux modèles sont partout proposés. Du «mook» (concentration de magazine et de book, dont le prototype francophone est le revue trimestrielle XXI), aux diverses moutures de contenus numériques repensés, assorties ou non de reprises sur papier.

Le plus frappant est que ces initiatives semblent vouées pour la plupart à l’illustration exclusive des expressions les plus élaborées et ambitieuses du journalisme: l’analyse, l’enquête, le reportage, dans de nouveaux habits. Elles s’attachent à l’élaboration de formes inédites de récit. Elles entendent offrir une «valeur ajoutée» et s’adressent à un public curieux et exigeant.

Ces entreprises de réinvention du journalisme ne sont pas vaines. Elles permettent à d’intéressantes propositions éditoriales d’exister, et même de durer. Mais est-ce la meilleure manière de servir une information citoyenne? Est-ce de cela que le grand public a le plus besoin – ce grand public dont le sociologue Dominique Wolton fit l’éloge et qui justifiait à ses yeux l’existence de médias généralistes?

L’effet le plus préoccupant de la crise actuelle du journalisme n’est-il pas, conséquence de la fragmentation de l’audience, le risque de délitement d’une information de service public? Cette information qui, au jour le jour, délivre à chacun les connaissances qui lui sont utiles pour se situer dans son environnement. Et offre au simple citoyen des repères communs pour penser et agir en démocratie.

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